Interview bloguesque n°1 – Antoine Tracqui

Point Zéro Antoine Tracqui

 Voici la première interview réalisée sur ce blog !

Antoine Tracqui a bien voulu répondre à mes questions à propos de son roman premier-né Point Zéro (mon billet sur le livre ici).

Je tiens à remercier Antoine Tracqui, les éditions Critic pour nous avoir présentés, et aussi Valou pour les conseils de pro.

1/ Comment présenteriez-vous Point Zéro ?

Tout d’abord, merci d’avoir bien voulu me consacrer cette interview pour votre blog (c’est aussi une première pour moi !) Or donc, comment présenter Point Zéro ? Pas si facile, vu que lors de sa phase d’écriture je me souciais assez peu de savoir dans quelle case il finirait par atterrir (l’essentiel pour moi était que ce ne soit pas dans la poubelle !!)

Essayons néanmoins :

– l’argument, bien sûr, est une quête au cours de laquelle nos héros progresseront du point A (l’énoncé du problème) au point B (la résolution du problème) ; sur leur chemin ils vont trouver des super-vilains bien décidés à contrecarrer leurs projets et, accessoirement, à les transformer en pâtée pour chiens. La trame narrative va donc comprendre une succession de scènes d’action, avec une intensité dramatique croissante, jusqu’à épuisement des forces en présence (ou de la patience du lecteur). Voilà, me semble-t-il, ce qui correspond à l’une des définitions classiques du thriller.

– l’objet de la quête étant ici de nature scientifique, et le roman comportant pas mal de biduloïdes en tous genres (satellites, robots, intercepteurs de cinquième génération, explosifs high-tech, etc… mais j’ai quand même un faible pour les projectiles à haute vélocité, ceux qui font des très gros trous en ressortant), je pense qu’on ne s’avance pas trop en disant qu’il s’agit d’un thriller technologique, ou techno-thriller.

(Petite digression à ce sujet : mon éditeur que j’aime m’a dit et redit « Antoine, jamais le mot techno-thriller tu n’utiliseras ! ça fait fuir 98% des lecteurs et c’est pas bon pour les ventes ! » Eh bien désolé, j’assume ! Pour moi « techno-thriller » ça ne fait pas du tout littérature de niche, bien au contraire, et surtout ça renvoie à des auteurs anglo-saxons que je révère entre tous : Clive Cussler, Michael Crichton, ou Preston & Child, par exemple)

– mais il y a aussi une intrigue historique, vu que le point de départ de notre aventure se situe à la fin des années 1930, avec pas mal de flashbacks histoire de bien égarer le lecteur : c’est donc un thriller technologique et historique

– et pour faire bonne mesure il y a un peu de SF, étant précisé 1°) que l’action principale se déroule en 2018, donc dans un futur très proche, et 2°) que mes goûts en ce domaine se situent résolument du côté de la hard science ou du courant cyberpunk : pas de sabre laser ni de trou de ver intergalactique, donc, rien que des bricoles qui existent déjà à l’état de prototypes ou qui sont dans les cartons du DARPA… et tout cas des technologies plausibles dans le futur très proche en question.

Donc si je résume, ça nous donne un thriller historique et technologique (ou un techno-thriller historique) avec 5 % de SF. Drôle de bestiau, non ? D’autant que moi, j’avais surtout l’intention de faire un roman super-divertissant qui ne prenne pas la tête… espérons que les deux ne sont pas inconciliables !

2/ Quel a été le déclic qui vous a donné envie d’écrire ?

L’envie a toujours été présente – et dévorante -, aussi loin que je me souvienne. Le déclic, c’est quand Madame (à la fois ma muse et ma première beta-lectrice, donc une personne essentielle) en a eu marre d’entendre mes lamentations sur le thème « Je voudrais bien écrire un roman, mais je n’arrive pas à m’y mettre, etc… », et m’a balancé un ultimatum : le roman ou la porte. ça c’était en septembre 2009, et dix-neuf mois plus tard (soit quasiment une gestation d’éléphant, je viens de vérifier !) le bébé était là.

3/ L’intrigue de Point Zéro fait souvent référence à des connaissances scientifiques assez pointues. Avez-vous fait beaucoup de recherches ? A-t-il été difficile de les intégrer à l’histoire ?

Oui aux deux questions, mais pas avec le même ressenti. C’est vrai qu’il y a eu un gros travail de documentation, d’abord en amont du travail d’écriture (sur la physique des hautes énergies, sur un certain avion, disons… très particulier, et sur la bio de deux personnages historiques qui jouent un rôle central dans le roman), puis pendant, au fur et à mesure des besoins (description de lieux, d’armements, recherches linguistiques, etc…) ; mais ça n’avait rien de fastidieux, au contraire c’est quelque chose que j’aime faire et dont j’ai une certaine habitude du fait de mon autre métier (200 et quelque publis scientifiques au compteur, ça aide à savoir chercher au fin fond du web la référence indispensable pour boucler l’article !) Là où c’est devenu plus coton (et je suis poli), c’est quand il s’est agi d’intégrer tout ça dans la trame narrative, sans casser l’action et surtout sans donner au lecteur l’impression d’avaler un traité de physique ou un manuel d’aéronautique… A vous de voir si j’y suis arrivé !

4/ En tant que femme, j’ai été évidemment fascinée par le personnage de Poppy Borghese. Quels ont été vos sources d’inspirations pour composer ce personnage haut en couleur ?

Poppy Borghese est, on l’aura deviné, l’un de mes personnages préférés. C’est également l’un de ceux qui étaient en germe dans ma tête bien longtemps avant que je ne commence réellement à écrire, ce qui explique que son physique et sa psychologie (si l’on peut employer ce terme !) soient peut-être un peu plus fouillés que chez certains de ses compagnons d’aventure. Au départ, je voulais absolument une SHLN (Super-Héroïne en Latex Noir) parmi ma galerie de personnages. Problème, il y en a déjà à la pelle, dans les romans et surtout au cinéma (par exemple : Catwoman, la Veuve Noire, Milla Jovovich dans les Resident Evil, Kate Beckinsale dans les Underworld, etc…), et je voulais vraiment me démarquer de ce qui existait déjà ; c’est pour ça que Poppy est :

1°) plutôt petite et maigrichonne, sexy par moments mais pas toujours (disons que j’ai voulu éviter de tomber dans le travers classique de la SHLN, qui est d’être une sous-catégorie de la SHGN, Super-Héroïne à Gros Nichons)

2°) résolument trash, c’est-à-dire vulgaire, mal embouchée, généralement malodorante, et toujours entre deux bourbons ou autres substances psychoactives…

Pour la résumer, je dirais qu’elle est un mix entre Lara Croft (pour le côté quand même sexy et les gros flingues), Yiu de Téhy et Vee (pour le côté pas rigolote, l’armure high-tech et les très gros flingues)… et bien sûr, pour le côté « j’en ai pris plein la g… et ça se voit », l’indispensable Lisbeth Salander de Millénium (attention, celle jouée par Noomi Rapace, hein !)

Ce que j’aime bien avec elle (et ça s’est fait tout seul, sans intention délibérée de ma part), c’est qu’elle a acquis progressivement de la substance au fur et à mesure de l’écriture du roman ; au final, c’est devenu quelqu’un de très présent (elle me parle souvent la nuit ou à partir du 3e scotch, pour me proposer des plans que la morale réprouve), qui suscite en moi un mélange d’affection et de compassion…

Bien sûr, Poppy a encore une autre particularité que nous découvrons vers la fin du roman, et qu’elle partage avec un autre des personnages principaux. Pour savoir quelle particularité, merci d’acheter Point Zéro ; pour savoir comment que cela est-il donc possible (non mais allô, quoi), merci d’attendre un an et d’acheter la suite de Point Zéro (voir réponse à la question 5).

5/ Maintenant que Point Zéro a été publié, quels sont vos projets d’écriture ?

Question cruelle… Des projets, j’en ai plein (s’il y a un type qui n’a pas l’angoisse de la page blanche, c’est bien moi !), mais la denrée qui manque c’est le temps. Mon gros souci, c’est mon premier métier (médecin légiste + toxicologue + enseignant à la fac de médecine), certes passionnant mais ô combien chronophage, et qui ne me laisse que très peu de place pour écrire. Parmi les choses prévues/souhaitées/envisagées dans les années à venir :

– les deux suites de Point Zéro (là je n’ai pas le choix, je viens de signer le contrat et Critic me tient par les c…) ; pour info, je suis en train de boucler le chapitre 26 du deuxième opus, livraison prévue du bébé cet hiver si tout va bien…

– une uchronie avec des Varègues (ben oui, pourquoi pas ? c’est sympa les Varègues) sur fond de guerre de religions, l’action se déroulant sur une dizaine de siècles ;

– un thriller médical avec neurosciences, manipulations génétiques, théorie quantique de la conscience (et des fragments humains qui volent partout, dans d’impressionnantes giclées d’hémoglobine) ;

– un thriller médico-légal avec un héros décalé vraiment très trash, style « Docteur House de la médecine légale » (bien sûr ça n’existe pas en vrai, tous mes collègues sont des gens très lisses, policés et dotés d’une haute conscience morale)…

Voilà, mais pour écrire tout ça il me faut du temps. Donc, chers lecteurs, merci d’acheter de très nombreux exemplaires de Point Zéro (par exemple, cinq par foyer fiscal…), de sorte que je puisse ENFIN prendre une année sabbatique pour écrire TOUT LE TEMPS !

6/ Dernière question, parmi les lecteurs du blog je sais qu’il y a des écrivains en devenir. Pourriez-vous leur donner un conseil ?

Dernière question qui est évidemment la plus piégeuse… Je ne suis pas sûr que le fait d’avoir écrit un seul roman, sorti il y a un peu plus d’un mois, m’autorise à dispenser des préceptes avisés du style « Jeune Padawan, du contrat à compte d’auteur, comme de la peste tu te méfieras ». Je me bornerai donc à rappeler des évidences (ou, du moins, ce que je perçois comme tel) :

– Ecrivez d’abord, ne vous préoccupez de rien d’autre et surtout pas de savoir comment vous faire ensuite publier. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a rien de plus déprimant que de connaître à l’avance les probabilités d’édition d’un premier roman, ou de lire sur les blogs les lamentations des ex-futur-auteurs dont tous les manuscrits ont été refusés… Donc, fermez les écoutilles et lancez-vous !

– Je n’ai pas trop de conseils de style à donner, vu que chacun (fort heureusement !) a le sien propre. En ce qui me concerne, j’ai simplement essayé de mettre en pratique ce que j’aime chez mes auteurs de prédilection : des chapitres courts, débutant et finissant toujours au milieu d’une action ou au milieu d’un dialogue, un cliffhanger à la fin de chaque chapitre (et, si possible de chaque sous-chapitre), l’action qui inaugure le chapitre N+1 ne doit pas être la continuation de celle qui termine le chapitre N (par exemple à la fin du chapitre précédent Caleb est tombé dans le chaudron de caca fumant, mais le lecteur devra patienter dix pages pour savoir s’il a bu la tasse…), au sein de chaque chapitre la succession des sous-chapitres doit entrelacer la ligne narrative principale (celle des héros) et la ou les ligne(s) accessoire(s) (celle des méchants, et éventuellement celle des personnages neutres qui sont là pour faire avancer le schmilblick) ; ajoutez de l’humour, du gore comme s’il en pleuvait, pas mal de scatologie et une pincée de sexe, agitez et servez chaud. Bien sûr, tout ça ne vaut que si vous projetez d’écrire un roman d’action (si c’est une ode à la beauté de Valérie Trierweiler ou un traité sur la culture du rutabaga, désolé je ne peux rien pour vous…)

– Vous vous lancez dans une aventure qui va quand même vous occuper quelques mois (au bas mot…) ; si vous partez dans le mur (au niveau intrigue, style, etc…), autant que quelqu’un vous le dise rapidement ! Sauf si vous considérez que votre oeuvre relève du secret défense, je vous conseille donc d’avoir un ou deux beta-lecteurs auxquels vous soumettrez régulièrement l’avancée de vos travaux (moi, par exemple, c’était à la fin de chaque chapitre : Madame lisait et pendant ce temps je descendais ma demi-bouteille de Talisker : comme ça, quand elle avait fini j’étais dans l’état propice pour écouter ses commentaires…)

– Une fois écrit le mot « FIN », c’est là que les difficultés commencent vraiment. Il y a des centaines de maisons d’édition en France, et pratiquement toutes ont un site. Renseignez- vous ! Sélectionnez bien sûr celles qui proposent des oeuvres du même style que la vôtre (n’envoyez pas un polar à une maison qui ne fait que de la fantasy, par exemple), celles qui donnent une chance aux premiers romans et/ou aux auteurs francophones (n’oubliez pas que dans le domaine des littératures de l’imaginaire, la majorité des éditeurs proposent surtout des oeuvres d’auteurs anglo-saxons, avec comme critère le fait qu’elles aient bien marché dans leur pays d’origine…). Les réponses des comités de lecture sont longues à venir, souvent plusieurs mois : vous devrez donc obligatoirement soumettre votre manuscrit à plusieurs éditeurs de façon simultanée. Combien ? ça dépend surtout de votre porte-monnaie (voir conseil suivant). Quand vous relirez une dernière fois votre pavé avant de le glisser dans l’enveloppe (eh oui !… en 2013, rares sont encore les maisons d’édition qui acceptent les soumissions par mail : donc ça fait pas mal de papier, c’est pas bon pour la planète ni pour vos finances), demandez-vous si les premières pages sont assez percutantes : les éditeurs reçoivent énormément de manuscrits et n’ont pas le temps de tous les parcourir en entier ; si le type qui vous lira n’est pas accroché dès les toutes premières lignes, c’est mort. Idem pour les fautes d’orthographe ou de syntaxe, votre bouquin peut être absolument génial mais s’il en comporte (surtout, là encore, dans les premières pages), il ira direct au panier…

Voilà, c’est à peu près tout ce qui me vient. Ah oui, un dernier truc : écrire c’est génial, être publié encore plus. Malheureusement cela ne dépend pas que des qualités intrinsèques de votre oeuvre, il y a aussi (surtout ?) un facteur chance… il se peut donc, malgré tous vos efforts, que le fruit de vos entrailles ne trouve pas preneur. NE VOUS DECOURAGEZ PAS ! Gardez votre premier roman au chaud, écrivez autre chose. ça finira par marcher, vous verrez. Et je peux vous garantir que la première fois que vous verrez votre bébé dans les rayons d’une librairie, vous ne regretterez aucun des sacrifices consentis. Bon courage !

 J’espère que cette première interview du blog vous a plu, de mon côté je suis ravie de m’être lancée et je compte bien récidiver !