Un deuil dangereux – Anne Perry

Pourquoi ce livre ?

Après ma lecture du premier tome des aventures de Monk Un étranger dans le miroir, j’ai eu envie de poursuivre ma lecture de la série. Jeneen m’a alors proposé de me le prêter. Comme Asphodèle n’avait pas elle non plus publié son billet sur ce livre, nous en avons fait une LCA (lecture commune approximative). Vous pouvez aller voir son billet enthousiaste ici.

De quoi ça parle ?

La quatrième de couverture :  » La famille Moidore n’avait jamais connu de scandale, bien à l’abri dans sa demeure de Queen Anne Street. Mais la famille va être frappée par un drame atroce : la fille de Sir Basil Moidore est assassinée. L’inspecteur William Monk est sommé de retrouver le coupable au plus vite et d’épargner autant que possible la famille. Peu aidé, tant par l’hostilité de ses supérieurs que par les séquelles de son amnésie, Monk devra lire derrière les silences et les ombres pour parvenir à résoudre cette nouvelle enquête. Heureusement, sa complice Hester Latterly viendra lui prêter main-forte. »

Qu’est-ce que j’en pense ?

Autant j’avais bien aimé le premier tome sans toutefois réussir à m’attacher à Monk, autant ce livre là m’a beaucoup plus touché ! Asphodèle avait d’ailleurs eu le même avis que moi sur le premier tome, donc je recommande vivement à tous ceux qui sont peu enthousiasmés par la lecture du premier tome de s’accrocher et de persévérer, cela en vaut la peine !

Donc pourquoi tant d’enthousiasme ? La première raison est celle de l’évolution des personnages principaux, Monk et Hester. On sent qu’après un premier tome consacré à l’amnésie de Monk, ce deuxième tome approfondit davantage les caractères des personnages et pose véritablement ce qui semble être les bases de la série de livres. Monk est certes toujours perturbé par son amnésie, mais il est plus que jamais déterminé à résoudre cette enquête correctement, même si cela est la cause d’affrontements avec son supérieur. Hester suit un schéma analogue, puisqu’elle est confrontée à l’incompétence des médecins dans l’hôpital où elle travaille. On sent que ces deux caractères explosifs ne peuvent finalement que s’entendre.

Mais si l’on aime aussi ce livre, c’est aussi grâce à la puissante évocation de ce carcan victorien, qu’Anne Perry nous explique toujours si bien dans ces livres. Ici, point d’angélisme passéiste, l’auteur, avec le recul de notre époque, nous montre bien comment dans des sociétés si rigides, le drame est inévitable. Il y a tout d’abord un écart immense entre les classes sociales dont la maison de la famille Moidore est la parfaite illustration. Ce mépris par rapport aux policiers qui viennent enquêter sur le meurtre de leur fille ! Cette obstination à occulter la pensée qu’un aristocrate puisse être capable de commettre un crime, comme si les pulsions étaient réservées aux pauvres ! Sous le regard d’Hester et de Monk, on devine pourtant vite que sous cette prétendue supériorité, se cache des tourments et des âmes plus noires qu’on ne le croirait tout d’abord… Anne Perry pose également dans ce livre la notion d’inégalité envers la justice, on se rend compte qu’il est bien plus facile de trouver un coupable dans la domesticité que d’accuser un aristocrate, surtout quand on sent que cela arrange bien tout le monde. On sent ainsi la pression des journaux et du peuple sur la police pour trouver le coupable, les gens qui viennent assister aux procès et aux exécutions,  une justice plus soucieuse de se donner une apparence de vertu que de véritablement l’avoir. Ce décalage se montre également dans la perception de la guerre de Crimée, dont on ne parle qu’en termes héroïques dans les journaux et dont Hester, qui l’a pourtant vécu, doit se battre pour faire valoir son point de vue.

Cependant, rassurez-vous ce livre n’oppresse pas son lecteur comme pourrait le faire certains livres sur le même sujet, par contre vous le lirez très vite !

Du côté des challenges