La Poésie du Jeudi avec Charles d’Orléans

Charles_Ier_d'Orléans

En ce premier jour du mois de mai, j’ai eu envie de participer à la poésie du Jeudi d’Asphodèle en vous parlant de Charles d’Orléans, un poète découvert il y a quelques années en cours de littérature médiévale.

Vous trouverez que le ton est un peu mélancolique, mais Charles a une excuse, il a rédigé ce poème lors de ses 25 années de prison en Angleterre où il était retenu comme otage.

Mais ne vous inquiétez pas, l’histoire se termine bien, il est libéré par le frère du type qui a tué son père, et épouse sa nièce. Son fils deviendra même roi de France sous le nom de Louis XII.

Voilà donc le rondeau 39, en ancien français puis en français actuel :

Le premier jour du mois de may,
De tanné et de vert perdu,
Las, j’ay trouvé mon cuer vestu,
Dieu scet en quel piteux array !
 
Tantost demandé je lui ay
Dont estoit cest abit venu,
Le premier jour du mois de may.
 
Il m’a respondu : « Bien le sçay,
Mais par moy ne sera congneu.
Desplaisance m’en a pourveu :
Sa livree je porteray
Le premier jour du mois de may. »
 
A l’occasion du premier mai,
De vert sombre, hélas, et de brun
J’ai trouvé mon coeur habillé,
Dieu sait en quelle tenue triste !
 
J’ai tôt fait de lui demander
D’où cet habit était venu,
A l’occasion du premier mai.
 
Il m’a répondu : « Je le sais,
Mais ne vais pas le divulguer.
Affliction m’en a équipé :
Sa livrée, je la porterai
A l’occasion du premier mai. »