Rennes, ici Rennes – Calibre 35

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Le samedi 13 avril à Pont-Péan, j’ai été confronté à une affaire bien étrange. Dix auteurs parlant d’affaires se passant à Rennes, tous commençant à la gare. Allais-je aimer ? Détester ? Avoir peur de sortir à Rennes après la lecture ? L’affaire ne s’annonçait pas aisée.

Premier élément de l’enquête, le message au dos au livre :

« Dix auteurs. Dix nouvelles. Un seul départ. Quelles seront les arrivées ?

Découvrez l’univers de dix auteurs de talent : Claude Bathany, Hervé Commère, Frank Darcel, Stéphane Grangier, David S. Khara, Valérie Lys, Frédéric Paulin, Yves Tanguy, Léonard Taokao, Erik Wietzel »

Rapport préliminaire :

Un recueil dont toutes les nouvelles commencent par la phrase  » Rennes, ici Rennes », une annonce qui est bien familière aux habitués de la gare. Avec cet unique point de départ, les auteurs nous présentent leur vision de Rennes, le personnage principal de ce recueil. Un personnage familier et amical pour certains, désagréable pour d’autres. C’est avec de tels livres que l’on se rend compte qu’une ville a une âme, un comportement qui lui est propre, et les familiers de la ville la reconnaîtront sans problèmes. Dix histoires très différentes mais qui s’enchaînent très bien les unes aux autres, à peine le temps de reprendre son souffle après en avoir terminé une que l’on est déjà plongé dans la suivante. Dernière remarque générale, on s’attache souvent aux narrateurs, aussi étranges, brisés et dangereux qu’ils puissent être. Inutile de dire que l’on s’attache aussi à Rennes, même si la gare vous semblera soudainement emplie de gens peu fréquentables. Pour moi une seule conclusion s’impose, il faut que je lise davantage de roman noir.

Les témoignages des dix suspects :

David S. Khara, Nuit de Braise : une femme de retour à Rennes, une histoire de vengeance explosive, un policier marqué par une ancienne affaire. Une bien sombre histoire qui nous montre que la ville a des choses à cacher et que les drames ne nous quittent jamais.

Frank Darcel, Rive droite : un autre retour à Rennes, une histoire de famille, des usurpations d’identité. On quitte un peu la ville mais son ombre est toujours là en particulier celles de la Rue Saint-Michel et du Boulevard de Sévigné.

Valérie Lys, Des Cendres à Montfort : des vols d’urnes funéraires, un asile psychiatrique, un engrais secret. La fin est un peu abrupte à mon goût, mais l’intrigue nous amène dans des ressorts assez inattendus.

Erik Wietzel, Le Complot : une femme traumatisée, à bout de nerfs, complot ou paranoïa. Je vous ai récemment parlé de cet auteur lors de l’affaire « La porte des limbes« . Ici, point de Nephilim ou de symbolistes, mais l’auteur sait définitivement travailler le flou et l’ambigu.

Yves Tanguy, Les Errements d’Hippocrate : un arrêt imprévu à Rennes, une jeune médecin, un policier en fin de vie. De très bons rebondissements qui m’ont fait penser à une autre célèbre affaire bretonne. Cumparsita est le personnage de policier que j’ai préféré dans le recueil. Par contre, on prend le métro pour aller de la gare à Pontchaillou, pas le bus 😉

Hervé Commère, Savoir et Savoir : un ancien détenu, une offre alléchante, un voisin qui hurle. Une histoire qui montre bien que l’on ne peut pas tout prévoir, même si l’on essaie.

Léonard Taokao, Ad Rennes Aline : un vol, des punks à chiens, un enchaînement de problèmes. Où l’art de se mettre dans des embrouilles sans avoir une chance de s’en tirer. A ce stade, cela touche à l’exercice de style et j’ai presque rit des misères de cet homme.

Stéphane Grangier, Rennes, Gueule ouverte : une autre histoire de retour, un homme brisé, le passé qui refait surface. Un homme qui veut s’en sortir, mais peut-on se fuir soi-même ?

Frédéric Paulin, Chasse au vieux : un homme politique déchu, des jeunes, des parcs. Une nouvelle étrange qui nous narre comment un homme peut être rapidement exclu de sa vie, mais aussi comment les problèmes entre générations peuvent prendre un tour plus radical.

Claude Bathany, Autofiction : un écrivain en panne d’inspiration, une jeune femme, des poèmes. Ravie de constater que je peux aimer l’autofiction quand elle est de qualité avec une nouvelle qui conclue particulièrement bien ce recueil.

Conclusion de l’enquête : Calibre 35 est coupable, et j’espère bien les voir récidiver. Rennes appréciera l’hommage.

La porte des limbes – Erik Wietzel

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Pourquoi ce livre ?

L’auteur était en dédicace, le bouquin avait l’air sympa, il vous faut une autre raison ?

Ce qu’en dit la quatrième de couverture :

 » Croyez-vous aux vampires ?

Oui mais auxquels ? Ceux qui nous intéressent ont sur leurs victimes un ascendant surnaturel. Ils se nourrissent de leur énergie vitale, puisant en elles les forces qui leur font défaut. Moins buveurs de sang qu’usurpateurs de conscience, ces voleurs de corps sont des parasites aussi dangereux que raffinés.

Dans le Paris décadent de la fin du XIXe siècle où médiums, prostituées, inventeurs fous et faiseurs de miracles se côtoient, un petit groupe de peintres férus d’ésotérisme est soudain confronté à une violente lutte d’influences entre des entités surnaturelles surgies de la nuit des temps.

Salué par la critique, ce premier roman d’Erik Wietzel déploie une épouvante subtile où s’alignent des personnages sensuels et fantasmatiques. L’aventure flirte par moments avec le thriller ésotérique et se distingue par la richesse de son style et de son atmosphère gothique, dans la lignée d’Anne Rice ou de Clive Barker. »

Mon avis :

Voilà un livre qui m’a énormément plu ! Le sujet et l’ambiance avaient bien sûr tout pour me plaire, mais comme en général je suis plus exigeante quand on aborde des sujets que j’apprécie particulièrement le pari était loin d’être gagné.

En effet, le roman évoque beaucoup la peinture symboliste, et nous brosse un portrait plutôt fidèle de ces hommes qui cherchent l’inspiration au travers d’une pratique ésotérique. Ici cependant, cette recherche rencontre une réalité concrète et néfaste, celle d’étranges entités dont on apprendra la nature au cours de notre lecture. On rencontre également d’autres créatures : les Nephilim et les Selenim, souvent associées aux vampires dans leur comportement mais bien plus dangereuses…

Un autre parallèle que j’ai vu avec le mouvement symboliste est dans la structure même de l’histoire, car c’est un livre qui ne dévoile pas toutes ses cartes de suite. Au début on voyage beaucoup entre Paris, les Caraïbes, l’Egypte et l’on se demande bien où l’intrigue va nous mener. Le roman nous égare et nous fait poser des questions mais sans jamais nous perdre tout à fait et l’on finit rapidement par comprendre les enjeux.

Outre l’intrigue, j’ai apprécié les personnages qui ne sont guère recommandables pour la plupart d’entre eux. Il n’y a ni « gentils » ni « méchants », juste des intérêts divergents qui mènent à l’affrontement. La narration nous permet d’entrevoir tous les points de vue et de comprendre les motivations de chacun.

J’aurais aimé vous en dire plus, mais je ne sais comment le faire bien alors je terminerais par évoquer le style, très travaillé et qui rend à merveille l’ambiance de cette époque, en témoigne un petit paragraphe pris au hasard :

 » Le XIXe siècle s’achevait, épuisé d’Histoire : vertige des révolutions, des guerres et du progrès, avènement des cités, du bruyant carnaval des foules. L’obscurantisme poussait un dernier souffle anémié sous le regard condescendant des savants. Plus tôt, des artistes avaient tenté de rendre la nature à elle-même : les impressionnistes avaient envahi les champs et les parvis des cathédrales pour chanter la joyeuse oraison des couleurs. Plus tard, d’autres peintres souhaitèrent de cette même nature décrire l’âme profonde. Par le jeu d’associations parfois complexes, ils dépeignirent ainsi leur âme propre et livrèrent les premières cartes en couleurs de l’inconscient. On les appela symbolistes, et les métaphores les plus noires gagnèrent les toiles de certains. »

En bref : un étrange et fascinant voyage où je pense que les amateurs d’histoire tant que ceux de fantastique trouveront leur bonheur !

Du côté des challenges :

L'art dans tous ses étatsparisXIXE en france