Littérature contemplative, Littérature française

Dans les forêts de Sibérie – Sylvain Tesson

Pourquoi ce livre ?

J’avais entendu parler de ce livre lors de la rentrée littéraire de 2011 (oui je sais je ne suis pas du tout à la page^^) et je l’ai offert à ma mère à Noël, j’ai profité de la canicule de la semaine dernière pour enfin le lire.

De quoi ça parle ?

La quatrième de couverture : « Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelques temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie. Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera jamais tout à fait perdu. »

Qu’est-ce que j’en pense ?

Je pense que j’étais prédisposée à aimer ce livre puisque j’avais en tête les beaux souvenirs de mon voyage en Suède et la vision de ces cabanes perdues au milieu de nulle part. En plus, comme vous le savez il faisait très chaud la semaine dernière donc ce livre sibérien m’a fait un peu office de rafraîchissement. Ce livre et moi nous sommes donc rencontrés au bon moment.

J’y ai donc découvert le témoignage d’un homme qui décide de s’affranchir de la société des hommes durant six mois pour lui préférer la compagnie d’une cabane, de mésanges et de livres, il nous livre son expérience sous la forme d’un journal intime « J’écris un journal intime pour lutter contre l’oubli, offrir un supplétif à la mémoire. Si l’on ne tient pas le greffe de ses faits et gestes, à quoi bon vivre : les heures coulent, chaque jour s’efface et le néant triomphe. Le journal intime, opération commando menée contre l’absurde ». On y découvre une autre manière de vivre, libérée des contraintes du temps.

Alors que dire d’un tel livre si ce n’est que l’on a passé de très moments en sa compagnie ? C’est très difficile de donner son avis car chacun y puisera selon ses envies et sa vie. Pour ma part, je l’ai pris comme une belle expérience que l’auteur a faite sur lui-même afin de se découvrir. L’ennui ? Je ne l’ai pas ressenti un instant, car il se passe toujours quelque chose dans la taïga sibérienne : un mésange qui passe, un ours qui rôde, le rayon du soleil. La solitude ? Pas vraiment puisqu’il voit finalement beaucoup de monde entre les visites rendues à ses « voisins » et les visiteurs de passage. Paradoxalement, je pense que l’on peut même se sentir plus seul en ville, où les gens vous ignorent, que dans les forêts sibériennes, où chaque rencontre est l’occasion d’un échange. Les lectures ? Certainement, et ce ne sont pas les blogueurs participant au RAT (Read-a-thon) qui vont lui reprocher de passer des journées à lire. Je ressors d’ailleurs de ce livre avec l’envie de lire ceux qu’il a emporté et dont il nous fait la longue liste au début du livre. L’écriture ? Sublime, à la fois belle et claire elle devient de la poésie . La vodka ? Présente, mais en Russie il faut bien vivre comme les Russes.

A lire, à savourer et à méditer lentement. Pour ma part, si je pars dans un lieu désert je sais désormais quel livre je prendrais avec moi …

Un petit extrait 

Il y a tellement de belles phrases dans le livre de Sylvain Tesson Dans les forêts de Sibérie que je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer quelques unes prises au hasard, voilà donc à la page 43 :

 » La cabane, royaume de simplification. Sous le couvert des pins, la vie se réduit à des gestes vitaux. Le temps arraché aux corvées quotidiennes est occupé au repos, à la contemplation et aux menues jouissances. L’éventail de choses à accomplir est réduit. Lire, tirer de l’eau, couper le bois, écrire et verser le thé deviennent des liturgies. En ville, chaque acte se déroule au détriment de mille autres. La forêt resserre ce que la ville disperse. »

Un petit paragraphe pour terminer

« Une rafale de vent pulse un courant glacial sous la porte. Isolé, l’ermite ? Mais de quoi ? L’air se glisse à travers les poutres, le soleil inonde la table, l’eau s’étend à un jet de pierre, l’humus est là sous le plancher de bois, l’odeur des bois s’immisce par les fentes, la neige s’infiltre par les pores de la cabane, un insecte s’invite sur le parquet. En ville, une couche de goudron prémunit le pied de tout contact avec la terre, et entre les hommes se dressent des murs de pierre ».

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